Publié le 10 juin 2024
Conception et maîtrise sanitaire du site et des bâtiments de production
Cet article présente les principes fondamentaux de la conception des sites de production et de la gestion de l'hygiène des bâtiments et de leurs abords. Ces éléments sont essentiels pour garantir le succès de l'élevage des reproducteurs SASSO et le respect de normes élevées en matière de biosécurité.
1 - Choix du site et isolation
Le choix de l'emplacement de la ferme est un élément essentiel de la biosécurité. Le site doit être choisi de manière à minimiser le risque d'introduction de maladies provenant de l'environnement immédiat.
Les distances minimales doivent être respectées autant que possible :
- par rapport aux autres exploitations avicoles et aux élevages de basse-cour ;
- par rapport aux grands axes routiers à forte circulation ;
- par rapport aux plans d'eau (lacs, rivières, zones humides) qui attirent les oiseaux sauvages.
Le site doit être situé dans une zone à faible densité avicole et où l'activité extérieure est limitée.
Une évaluation simple des risques (« carte des risques ») doit être réalisée avant l'installation afin d'identifier les sources potentielles de contamination autour du site (par exemple, les exploitations voisines, les marchés, les points d'eau, les axes de circulation).
2 - Le zonage et les principes de biosécurité
L'aménagement d'un site d'élevage de reproducteurs est un élément clé de la biosécurité et a un impact direct sur la santé et les performances du lot. Un aménagement bien conçu permet de contrôler efficacement les déplacements, de séparer les activités et de réduire les risques de contamination.
Lors de la conception du site de production de reproducteurs, l'éleveur doit viser à :
- Empêcher l'introduction d'agents pathogènes dans son élevage ;
- Empêcher la multiplication des agents pathogènes au sein de l'élevage ;
- Eviter que son élevage puisse être source de contamination pour l’environnement.
Ces trois principes constituent le fondement de la biosécurité.
Le site est une enceinte close dont l’accès est contrôlé et doit permettre :
- de maîtriser les flux des Hommes, des matériaux, matériels et consommables,
- de maîtriser les flux des animaux vivants ou morts,
- de protéger les animaux d’élevage de tout contact avec la faune sauvage.
Il convient pour cela de clairement définir trois zones majeures :
- Une ZONE PUBLIQUE dans laquelle les visiteurs peuvent circuler librement (ex : les bureaux administratifs, la route, le parking)
- Une ZONE PROFESSIONNELLE dans laquelle seul le personnel autorisé peut circuler (ex : le hangar de stockage, les allées vers les bâtiments, les sas sanitaires)
- Une ZONE D’ELEVAGE réservée aux animaux et aux opérateurs chargés de leurs soins (ex : la poussinière).
Chaque zone doit être physiquement délimitée (grillage, mur, clôture) et uniquement accessible via un sas sanitaire.
Les entrées et sorties des éleveurs, du matériel, des œufs et des animaux, l’arrivée des matières premières et l’expédition des déchets (œufs, cadavres) doivent être maîtrisées et chaque circuit ou flux doit être séparé des autres dans l’espace ou dans le temps.
3 - Hygiène Générale
L'éleveur doit veiller en permanence à maintenir un niveau élevé d'hygiène sur l'ensemble du site, notamment en ce qui concerne :
- la propreté du site et de ses abords ;
- l'hygiène des installations d'accès pour le personnel et le matériel ;
- l'hygiène de la zone d'expédition des œufs à couver (HE) ;
- le bon état des zones de stockage et des installations de traitement des déchets (par exemple, congélateurs, conteneurs d'équarrissage) ;
- le bon fonctionnement des équipements de nettoyage et de désinfection ;
- la mise en œuvre de programmes efficaces de lutte contre les rongeurs et les nuisibles ;
- la surveillance de la qualité de l'eau, y compris des analyses bactériologiques au moins une ou deux fois par an, tant à l'entrée du bâtiment qu'à l'extrémité de la conduite d'abreuvement.
Afin de limiter les risques sanitaires sur des sites comprenant plusieurs bâtiments, l’éleveur préfèrera une conduite en bande unique à une conduite en bandes multiples.
4 - Les flux
A) Les véhicules
L'accès des véhicules au site d'élevage doit être limité au strict minimum. L'accès ne doit être autorisé qu'aux véhicules indispensables, et tous les véhicules non autorisés ou non nécessaires doivent être interdits.
Les véhicules utilisés pour les livraisons (aliments pour animaux, carburant, autres consommables, poulettes reproductrices) ou les expéditions (œufs à couver, poules de réforme) se déplacent souvent d'une exploitation à l'autre et représentent donc un risque important pour la biosécurité. Ils doivent être soigneusement nettoyés et désinfectés avant d'entrer sur le site.
Les chauffeurs se déplacent également fréquemment d'une exploitation à l'autre, et leur statut sanitaire ne peut être garanti. En aucun cas, les chauffeurs ne doivent être autorisés à entrer dans les poulaillers ou les zones de production, même pour aider aux tâches opérationnelles (par exemple, le chargement ou le déchargement des animaux).
Un système de désinfection (par exemple un bac de désinfection des roues ou une rampe de désinfection) doit être installé à l’entrée du site afin d’assurer un traitement systématique et efficace de tous les véhicules entrants, à condition qu’il soit correctement entretenu et utilisé.
Lors d’opérations de dépeuplement partiel ou d’abattage sur des sites comportant plusieurs bâtiments, où tous les poulaillers ne sont pas vidés simultanément, les véhicules ne doivent pas entrer sur le site. Cette mesure contribue à réduire le risque d’introduction d’agents pathogènes entre les bâtiments.
B) Le matériel
Le matériel utilisé dans chaque bâtiment doit être réservé exclusivement à ce bâtiment afin de réduire au minimum le risque de contamination croisée. L'introduction de matériel provenant de l'extérieur doit être limitée au strict minimum.
Tout matériel entrant dans le bâtiment d'élevage doit être soigneusement désinfecté avant son entrée et, dans la mesure du possible, nettoyé avant la désinfection afin de garantir une efficacité optimale.
Une zone de désinfection dédiée (par exemple, une entrée d'hygiène ou une salle de désinfection) doit être prévue à cet effet à l'entrée du bâtiment ou du site.
C) Les personnes
L'accès au site d'élevage et aux bâtiments doit être strictement réservé au personnel directement impliqué dans les soins aux animaux, tel que les éleveurs, les techniciens et les vétérinaires. Toutes les personnes doivent respecter scrupuleusement les procédures d'hygiène et utiliser correctement le vestiaire.
La tentation est souvent grande de contourner le vestiaire ou d’ignorer ses différentes zones, en particulier en cas de manque de temps ou de fatigue. Pour éviter cela, le vestiaire doit être conçu de manière restrictive, avec des barrières et des obstacles physiques appropriés afin de garantir que son passage soit obligatoire.
Il est recommandé de diviser le vestiaire en trois zones distinctes.
Par exemple, un vestiaire situé à l'entrée de la zone professionnelle peut comprendre :
- une zone extérieure, où l'on retire ses vêtements personnels (y compris les chaussures) ;
- une zone intermédiaire, où le personnel prend une douche complète (corps et cheveux) et se désinfecte les mains ;
- une zone intérieure, où l'on enfile des vêtements de travail spécifiques, notamment des sous-vêtements, une combinaison, un couvre-chef et des chaussures.
Si les locaux ne permettent pas de prendre une douche complète ni de se changer, il est indispensable de fournir des combinaisons spécifiques au bâtiment ainsi qu'un point de lavage des mains.
Le vestiaire doit être régulièrement nettoyé et désinfecté (au moins une fois par semaine) afin de garantir des conditions d'hygiène optimales. Chaque bâtiment doit être équipé de son propre vestiaire afin de permettre au personnel d'enfiler des vêtements spécifiques à ce bâtiment. La zone intermédiaire doit comporter des installations permettant de se laver et de se désinfecter les mains correctement.
Astuce technique : Un pédiluve perd très rapidement son efficacité technique avec le temps, surtout s’il est régulièrement emprunté. Afin d’éviter qu’il ne constitue lui-même une source de germes, il est conseillé de le vider, de le laver, de le désinfecter et de le renouveler au moins une fois par jour en respectant les concentrations de désinfectant fournies par le fabricant.
D) Les déchets
Les déchets constituent l'un des principaux vecteurs de transmission des maladies dans l'élevage. Il est donc essentiel de prévoir une gestion adéquate des déchets dès la conception de tout site d'élevage.
Ils peuvent être de plusieurs sortes :
- poules de réforme,
- cadavres,
- œufs non incubables, collectés par le couvoir ou à la charge de l’éleveur.
- fientes,
- matériel jetable utilisé,
- eaux usées.
Les carcasses doivent être entreposées dans un congélateur situé à l'intérieur de chaque bâtiment avant d'être transférées dans un conteneur de collecte. Ce transfert doit avoir lieu peu avant la collecte.
Afin d'éviter que les véhicules de collecte ou d'abattage ne pénètrent dans la zone de production, le conteneur doit être placé à l'extérieur du site d'élevage.